A propos des attentats du 13 Novembre 2015

Quelques mois après les attentats du 13 novembre 2015 qui eurent lieu à Paris.

Quelques mois cela laisse-t-il assez de temps pour avoir pris du recul ?
Ce recul est-il permis ? Est-il bien nécessaire ? N’avons-nous pas déjà tout dit, le pire comme le meilleur ?

Revenons-y justement parce qu’il est important de faire le tri, de réfléchir ; les raisons, les conséquences, humaines, politiques, économiques, toutes ces choses là furent mélangées parce que devaient se dérouler peu de temps plus tard la fameuse COP21, autre mise en scène des divers gouvernements parmi les plus puissants et les plus dévastateurs de la Terre. L’hypocrisie, le mensonge, la manipulation, l’opportunisme ainsi furent les vrais héros de ces quelques semaines extraordinaires.
Ces propos vous choquent ? Vous surprennent ?

Explication.

Petit retour vers ce fameux vendredi 13 novembre 2015.

Nous sommes tranquilles dans nos chaumières, qui devant la télé, qui sur la terrasse d’un café, qui encore dans une salle de concert. Soudain une info passe, un petit mot sur Smartphone, une annonce entre deux pubs ; un sang s’est éclaté quelque part dans une boite de nuit, sur un trottoir, dans un restaurant. Pas le restau dans lequel on mange, pas la boite de nuit dans laquelle on dansait à l’instant, pas le trottoir sur lequel on déambulait, un autre, assez proche cependant pour que l’on se sente concerné.
Scandale, le sang a coulé dans les rues de la capitale de notre pays. De Mon pays. Notre nuit ne sera plus paisible. Branle bas de combat, nous nous précipitons vers les médias officiels (qui firent un vrai buzz ce soir là!), cherchant à en savoir plus. Mais plus nous en savons, plus la catastrophe grandit et plus notre émotion s’affole. Nous manifestons tous notre surprise, notre révolte, nous commentons. Nous commentons d’autant plus qu’avec les réseaux sociaux il est facile d’en rajouter un peu plus qu’il n’est nécessaire. Nous en rajoutons, nous pauvres anonymes populaires, c’est normal, nous sommes ignorants ! Est-il normal pourtant que les médias, les journalistes, les commentateurs, les experts de tout poils, le président même (!) de notre république démocratique fassent de même ?

Nous voici sur la scène de la comédie populaire/liste.

Scène première et primaire bien française, quelques pancartes surgissent : « Même pas peur !» prétendent-elles. On fait semblant de rigoler. Les médias fanfaronnent, nous sommes la raison, vous êtes la brutalité, notre mépris supérieur pacifiste et intellectuel tombe sur vos têtes mortes avec vos victimes ô attentistes, notre démocratie ne se laissera jamais impressionner. Notre liberté, nous y tenons trop pour vous laisser la réprimer à coup de bombes. Nous l’avons tellement chantée notre liberté typiquement française, héritière de la Grande Révolution, nous la défendrons jusqu’au dernier souffle.
La scène première est de courte durée, immédiatement, scène seconde, entrée d’un nouveau personnage et de ses acolytes empressés : notre président de notre République si démocratique, Mr Hollande :
« Nous avons voulu être là pour dire que nous allons mener le combat, qu’il sera impitoyable. »
Dit-il prenant un air très digne (ou se voulant paraître digne…).

Notre président de notre République si démocratique prévoit immédiatement quelques dispositions :

  • « Mise en service de toutes les forces de polices et la mise en sécurité des quartiers qui peuvent être concernés. »
  • « J’ai demandé qu’il y ait des renforts militaires. »
  • « Deux décisions seront prises : l’état d’urgence sera décrété[…]L’état d’urgence sera proclamé sur l’ensemble du territoire.
    La deuxième décision que j’ai prise c’est la fermeture des frontières. »

Et deux déclaration à l’intention volontaristes autant que menaçantes :

  • « Face à la terreur la France doit être forte, elle doit être grande et les autorités de l’état fermes. »
  • « Il y a face à l’effroi une nation qui sait se défendre, qui sait mobiliser ses forces et qui une fois encore saura vaincre les terroristes. »

Le héros déjà assume sa position, il sera fort et ferme. Il ne pliera pas devant la menace et la mort, voire, il renverse la situation, c’est lui qui menace et envoie la mort alors même que nous n’avons pas encore fait le décompte de nos propres morts à peine refroidis.

La scène trois est un doublon de la scène seconde, avec un peu plus d’emballement, notre héros national se prend pour SuperDupont et martèle lors de son second discours, celui du 14 novembre 2015, les mêmes menaces avec un brin de ce qui pourrait sembler être de l’obstination :

  • « Une armée djiadiste contre la France, contre les valeurs que nous défendons partout dans le monde, contre ce que nous sommes, un pays libre qui parle à l’ensemble de la planète. »
  • « C’est un acte de guerre qui a été préparé, planifié de l’extérieur, avec des complicités intérieures. »
  • « L’armé et les forces de sécurité sont mobilisées au plus haut niveau de leurs possibilités. »
  • « Des militaires patrouilleront dans Paris tout au long de ces prochains jours. »
  • « La France sera impitoyable. »
  • « La France est Forte. »
  • « La France est vaillante, et elle triomphera de la barbarie. »
  • « Chers compatriotes, ce que nous défendons, c’est notre patrie mais c’est bien plus que cela. ce sont les valeurs d’humanité. »

Scène quatre, le héros persiste, il a réuni le Congrès à Versailles.
Ce n’est plus SuperDupont, c’est Rambo.
Rambo s’en va-t-en guerre.
Notre président a trouvé son « mot », a découvert sa destiné, son règne sera celui du bon père qui, plein de fougue et d’amour pour sa patrie, ses compatriotes et ses « valeurs », renverra au loin ces barbares qui du monde « extérieur » osent menacer notre sens de l’humanité.
« C’est la guerre ! »

Il se veut rassembleur, celui par qui toute décision passe, celui qui seul sait quoi faire, quand et comment. Il rassemble tout ceux de sa « race » contre l’éternel Ennemi, le serpent fourbe d’une religion étrangère.
La nécessité de détruire Daech constitue un sujet qui concerne toute la communauté internationale.

  • « J’ai demandé au ministre de la Défense [Jean-Yves Le Drian] de saisir dès demain [mardi] ses homologues européens au titre de l’article 42.7 du traité de l’Union qui prévoit que lorsqu’un Etat est agressé tous les Etats membres doivent lui apporter solidarité face à cette agression. »
  • « Car l’ennemi n’est pas un ennemi de la France, c’est un ennemi de l’Europe. Et l’Europe, elle, ne peut pas vivre dans l’idée que les crises qui l’entourent n’ont pas d’effet sur elle. »

Montrant sa bravoure, notre président de notre République démocratique désormais internationale, Mr Hollande, passe aux actes. Contre cette moisissure verte et noire qui s’étend là-bas et qui a prétendu tenter de lancer un « spore » jusque dans notre monde civilisé, le Héros blanc sait ce qu’il doit faire, il possède les armes (puisqu’il les fabrique) susceptibles d’éradiquer une bonne fois pour toute « leur » prétention et l’espérance de ceux qui auraient souhaité un recours au dialogue… Bref :

  • « la France intensifiera ses opérations en Syrie »
  • « Nous poursuivrons ces frappes au cours des semaines à venir »
  • « Le porte-avions Charles de Gaulle appareillera jeudi, pour se rendre en Méditerranée orientale, ce qui triplera nos capacités d’action. Il n’y aura aucun répit ni aucune trêve. »

Des cibles stratégiques furent effectivement visées.
Des villes conquises par les « forces ennemies »… exemptes de présence civile… Il paraît…

Notre président de notre République démocratique internationale européenne, Mr Hollande, se trouve quand même bien rusé. Pourquoi ne pas profiter de cette opportunité pour changer les quelques articles qui, dans notre Constitution française, l’agacent un peu, bridant méchamment ses initiatives !?!

  • « Chacun voit bien qu’aucun de ces deux régimes [les articles 16 et 36 de la Constitution française] n’est adapté à la situation que nous rencontrons. Le fonctionnement régulier des pouvoirs publics n’est pas interrompu et il n’est pas concevable de transférer à l’autorité militaire des pouvoirs. »
  • « Cette guerre d’un autre type face à un adversaire nouveau appelle un régime constitutionnel permettant de gérer l’état de crise »

Et soudain je me mets à penser à tous ces régimes dictatoriaux qui eurent pour racines le socialisme. Avec les meilleures intentions du monde on nous explique combien il est nécessaire de réduire les libertés individuelles, que seule l’élite présidentielle saura nous garder de cette mort assassine qui menace nos vies si précieuses. Nous devons donc accepter de lui laisser libre cours, avoir plus de pouvoir est un devoir pour elle, pas un plaisir.
Nous l’avons cependant souvent observé, « l’état de crise » est un état-qui-dure et l’on ne revient jamais en arrière lorsqu’il s’agit de lois.

  • « Nous devons pouvoir déchoir de sa nationalité française un individu condamné pour une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ou un acte de terrorisme, même s’il est né Français, dès lors qu’il bénéficie d’une autre nationalité. »
  • « Nous devons pouvoir expulser plus rapidement les étrangers qui représentent une menace d’une particulière gravité pour l’ordre public et la sécurité de la Nation. Nous le ferons dans le respect de nos engagements internationaux. »

« Déchoir de sa nationalité française ». N’est-ce pas une expression un tantinet colonialiste ? Il est vrai que pour beaucoup, être de nationalité française c’est participer à une légende merveilleuse, magique, presque divine, ne parle-on pas « d’exception française » ? Qui perd donc cette nationalité ne peut que « déchoir », tomber comme au soir du pêché originel, c’est être chassé du Paradis, revenir à l’état de bête douloureuse et perdue. Un « étranger » n’est jamais qu’un être hors limite, il n’a pas de limite car il n’est pas civilisé, pas éduqué. Il est étranger au monde civilisé comme à lui-même.

    « J’ai décidé qu’il n’y aurait aucune réduction d’effectifs dans la Défense jusqu’en 2019. »

  • Création d’une « garde nationale » formée de « réservistes » de la Défense :
  • « Les réservistes sont un élément fort du lien entre l’armée et la Nation, ils constituent les éléments qui peuvent demain former une garde nationale encadrée et disponible. »
  • « création de 5.000 emplois supplémentaires dans la police et la gendarmerie, 2.500 dans la justice et 1.000 dans les douanes. »

 

Deux jours plus tard, lors de la clôture du rassemblement des maires, le 18 novembre 2015, François Hollande enfonce le clou :

  • « Ces actions nous confirment que nous sommes dans la guerre. »
  • « C’est l’organisation djiadhiste Daech, elle dispose d’une armée, de ressources financières, pétrolières, elle occupe un territoire, elle a des complexités (…) elle commet des massacres là-bas et veut tuer ici. Elle a tué ».
  • « Ce qu’ont voulu viser les terroristes, c’est l’idée même de la France« .
  • « La France aura par son armée à jouer un rôle majeur dans la résolution de ce conflit sur le plan militaire, mais également par sa diplomatie. »

La guerre, le terrorisme, la France et la Syrie,

Cela fait plus de quatre ans que la guerre s’est installée en Syrie, quatre ans de conflits depuis que le Printemps Arabe a été récupéré par les divers mouvements politico-religieux de la région opposés au pouvoir en place. 250 000 morts, 2 millions de blessés, 4 millions de réfugiés, 7,6 millions de déplacés à l’intérieur même des frontières du pays, ce qui représente en tout plus de la moitié de la population ! (chiffres Wikipédia – août 2015).
130 morts en France et nous voilà en guerre ?
Parce que les terroristes ont voulu viser « l’idée même de la France » ?
Mais quelle est donc cette idée qui estimerait que 130 morts français sont plus importants, plus choquants que 250 000 morts syriens au point de nous octroyer le droit d’en rajouter quelques dizaines en bombardant les villes supposément occupées par les organisations terroristes ?
Cher Mr Hollande, Président de notre République tellement démocratique, quel est le sens selon vous du mot « diplomatie » ? Ne serait-ce pas par hasard une tentative d’amadouer des populations civiles par une démonstration de la puissance de votre « argument » impitoyable ? Le sens de votre supériorité vous fait confondre les choses, vous fait oublier surtout vos vrais devoirs, la loi du Talion n’est pas la bonne, elle ne provoque qu’une augmentation du niveau de la souffrance du vivant sur Terre. Il se trouve que les Syriens aussi sont des êtres vivants, des êtres sensibles, qu’ils souffrent intensément eux-aussi non seulement de leurs blessures physiques mais aussi de la perte d’un être cher, d’un enfant, d’un frère, d’une sœur, d’une amie.
Il me semble que même après 4 ans de guerre, de bombardements, même après 250 000 morts (essayez d’imaginer un peu ce que représente ce chiffre pour un seul pays !) la mort violente d’un seul être reste un drame, un cauchemar, un traumatisme profond pour tous ceux qui l’aimèrent.
Peut-être ne savez-vous point ce qu’est l’amour, peut-être n’aimez-vous personne ! Il se peut que ce mot « amour » soit de même abstraction que le mot « diplomatie » ou « bombardement » ou « 130 morts » ! Des éléments, des pions dans votre jeux d’échec qui n’ont pour option que de vous laisser en place sur ce piédestal sur lequel je n’ai pas commis la grossière erreur de vous installer.

Mais revenons à la fameuse mise en place de l’état d’urgence, au vote de sa prolongation pour trois mois et aux conséquences d’une telle disposition, à son sens réel. Ainsi, dans son article du 14 novembre 2015 Renaud Dély, Nouvel Obs, remarquait déjà :

  • « Cette batterie de mesures annoncées par le président correspond bel et bien à une situation de guerre. »
  • « l’état d’urgence « confère aux autorités civiles des pouvoirs de police exceptionnels portant sur la réglementation de la circulation et du séjour des personnes, sur la fermeture des lieux ouverts au public et sur la réquisition des armes. »
  • « il s’accompagne de la possibilité pour les préfets de décréter le couvre-feu pour interdire la circulation des personnes ou des véhicules. »
  • « De même les préfectures peuvent-elles instituer des « zones de protection ou de sécurité où le séjour des personnes est règlementé ». »
  • « Le pouvoir se donne surtout les moyens de décider des perquisitions, de jour comme de nuit, sans le contrôle d’un juge. »
  • « Enfin, l’état d’urgence permet au gouvernement de limiter la liberté de la presse. »

De l’utilisation opportuniste d’un acte dramatique,

Comment se fait-il qu’une telle loi donnant les pleins pouvoirs au gouvernement et à la police fut votée au parlement à la quasi unanimité des députés à l’exception de 6 (voir les noms des six parlementaires en question en fin d’article) !?!
Comment peut-on aujourd’hui imaginer sacrifier les libertés d’un certain type d’individus afin de « protéger » celles de quelques-uns ?
Qui met à mal « nos valeurs » ?
Daesh qui n’est peut-être (sûrement) pas à l’origine des attentats ?
Quelques déséquilibrés qui en mal de reconnaissances sociales n’ont d’autres moyens pour faire parler d’eux que d’exploser n’importe qui n’importe comment « du moment que ça fait du bruit » ?
Le gouvernement qui profite d’une violence banale pour se refaire une virginité électorale ?
Mais d’abord, quelles sont ces fameuses valeurs, que représentent-elles de si primordial pour que leur défense justifie d’envoyer des missiles exploser de l’autre coté de la Méditerranée ?
Il semblerait que leur définition ne soit pas si évidente et l’on trouve deux tendances relativement différentes, ayant des symboliques, des buts, plutôt opposées même si, en apparence, elles paraissent proches.
Il y a celle de notre président de la République si démocratique française, Mr Hollande et de Sophia Aram grande pourfendeuse d’injustice intrinsèquement parisienne.
Puis, il y a celle définie par MM. Pascal Riché, du Nouvel Obs et David Van Reybrouck, écrivain et historien, cité par le Monde Diplomatique. Définition que j’affectionne particulièrement.
Donc qu’elles sont « nos valeurs » d’après Mr Hollande et Sophia Aram ?

  • C’est être libre et vivre.

Bon, mais qu’est-ce qu’être libre et vivre ?

  • C’est d’aller boire un verre, assister à un concert de death metal et à un match de foot.
  • Pour Mr Hollande, c’est aussi faire des achats pour noël, puisque lors de la mise en place de l’état d’urgence la question sera posée, et solutionnée, du maintient des marchés de noël dans toute la France.

Certes.
D’après Pascal Riché et David Van Reybrouck :

  • Liberté, ouverture, non-discrimination, respect de la vie privée, présomption d’innocence, fraternité
  • Auxquelles j’ajouterai liberté d’expression et d’information.

Je tiens particulièrement à ces deux dernières puisque les associations ont du batailler dur afin de maintenir leurs manifestations contre la COP21 interdites après les attentats, que certains militants écologiques ont été astreints à résidence d’une manière honteuse et scandaleuse et que les médias ont très peu parlé de ces événements là.

Quelle est la différence fondamentale entre ces deux définitions ?
La première, celle de François Hollande et de Sophia Aram fait référence à une liberté de loisir, de distraction et de consommation. On revendique une liberté de s’amuser comme on veut, un peu comme les enfants qui boudent lorsque leurs parents leurs demandent d’arrêter de courir dans le salon et d’aller jouer dehors ou dans une pièce dédiée. On veut jouer comme on veut quand on veut, à la playstation, au foot, à boire un verre d’alcool avec les copains, on veut rigoler, on veut s’acheter les jouets qu’on veut tout de suite parce que le « but » de notre vie c’est d’être heureux et être « heureux » c’est satisfaire nos caprices égoïstes. Nous sommes en plein milieu de cette société spectacle tant décriée, avec raison, par Gui Debord, qui existait déjà au temps des romains avec le fameux « panem et circensem ». Donc ce n’est pas un fait nouveau, ce qui est nouveau est la proportion que le « spectacle » a pris.
La société du spectacle qui borne la liberté à l’apparence et à l’avoir, se contente d’un semblant d’être, d’une culture de façade, d’une réflexion de surface. Elle se donne à satisfaire mais aussi à voir.
L’exemple flagrant qui démontre à quel point François Hollande se plait dans cette société et se jette dedans avec bonheur, c’est la mise en scène de la commémoration faite aux victimes des attentats aux Invalides. Habits noirs, têtes de circonstances (graves !), chacun est bien rangé selon son rang, orchestre, chants funèbres…

Cérémonie affligeante d’hypocrisie et de démagogie dégoulinante tel un vieux camembert oublié sur une terrasse en plein mois d’août. Comment croire à un tel mensonge !?! N’est-ce pas prendre les spectateurs pour des enfants de primaire ?
Ha oui, d’ailleurs, nous avons bien dit « spectateurs », c’est bien là la preuve que nous sommes ici dans une mise en scène, dans un spectacle donné au peuple afin que celui-ci soit touché par l’émotion, afin qu’il soit ému comme devant une comédie dramatique et dont il sortira bouleversé mais inchangé. Car lorsque l’on est touché par l’émotion, lorsque nous sommes émus, nous ne réfléchissons plus, nous perdons le recul nécessaire à la réflexion. Recul qui n’est autre que l’observation de l’extérieur du spectacle donné.
En même temps, tout psychologue un peu averti vous dira que le psychisme ne fait pas la distinction entre une émotion ressentie réellement au cours d’un événement réel et une émotion ressentie lors du visionnage d’un film de fiction. Les réactions sont les mêmes.
Lorsque François Hollande nous joue la comédie de la larme à l’œil au moment de l’évocation des noms des victimes tombées le 13 novembre 2015, il pénètre profondément notre sensibilité émotive envoyant une décharge bien ciblée détruisant notre capacité de réflexion. Il pénètre ainsi au cœur de notre être et nous capture par notre émotivité. Nous restons des enfants face à notre « Père exemplaire ».
C’est donc notre Père exemplaire qui nous donne le droit de faire ceci ou cela, qui nous ouvre la voie ou la referme. Quand nous sommes sages nous avons le droit de choisir nos jouets, nous pouvons aller nous promener et boire un verre avec les copains, notre bon père nous ouvre les portes des marchés de noël où nous avons la permission d’acheter ce qu’il nous plait.
Les marchés de Noël sont merveilleux. Ils sont en plein dans l’émotionnel. Car Noël, c’est la joie, le plaisir innocent, le rire des enfants. Noël, c’est nos meilleurs souvenirs d’enfance, la famille, le repas pris ensemble, la splendeur des cérémonies religieuses, le p’tit Jésus, etc. C’est le contentement de nos caprices, notre liberté à acheter sans remord tous les jouets dont on a rêvé toute l’année. C’est donc aussi un formidable moment de recettes commerciales. Le moment M où chaque individu constituant cette foule informe qu’est le peuple dépensera au moins une fois un minimum d’argent pour faire son petit cadeau à quelqu’un.

Mais voici que pour défendre notre sens émotif, notre empressement à satisfaire nos besoins somme toute non seulement bassement triviaux mais surtout totalement inutiles, notre avidité à engranger les objets et les bénéfices financiers, nous nous laissons emporter vers un processus de désintégration de notre aptitude à nous questionner, d’élimination d’une réelle réflexion sur les raisons à l’origine des violences auxquelles nous assistons régulièrement, préférant les réponses simplistes, rassurantes, déculpabilisantes qui reporteront sur « d’autres » la faute que nous avons tous commise.
C’est à ce moment là qu’émerge la première erreur.
Nous avons glissé pour tomber effectivement dans ces fausses valeurs du « vivre libre ». En réalité, nous ne vivons pas « libres », nous vivons « libéralisme ». Nous crions « Liberté, Egalité, Fraternité ! », mais nous avons oublié le sens même de ces mots. Nous pensons « libre d’acheter, égalité de pouvoir d’achat, fraternité avec l’argent ». De valeurs humaines nous avons fait des valeurs pécuniaires, marchandes. Nous vendons, nous achetons. Et pour continuer à acheter et à vendre, pour continuer à augmenter la valeur financière des bénéfices réalisés au cours de ce processus d’achat/vente nous balayons tout ce qui n’entre pas dans ce mécanisme, tout ce qui pourrait représenter une entrave à la marchandisation du monde.

Nous sommes aliénés.

Si fortement fascinés par notre avidité égoïste, nous acceptons tous les compromis, la déformations des valeurs symboliques comme nous venons de le voir, et la restriction des libertés fondamentales. Cette restriction ne nous coûte pas très cher à première vue puisque nous en avons déjà trahis le sens originel. Notre liberté se limitant à notre capacité de consommation et notre propension à oublier le sens même de notre existence, notre propre intégrité, comment nous émouvoir lorsque Mr Hollande nous ordonne de ne plus concevoir aucune action, n’accomplir aucune idée qui irait à l’encontre de sa manière de penser l’organisation sociale ? Comment nous insurger devant l’interdiction de rassemblement alors que nous croyons que cette interdiction ne nous concerne pas, qu’elle ne parle qu’aux « autres » ?
Cependant, même si c’était vrai, même si les restrictions ne touchaient que ces « autres » (c’est-à-dire les originaux, les étrangers, les militants écologistes, etc.), en acceptant de restreindre les libertés des autres on finit par accepter la restriction de notre propre liberté. Nous finissons nous-mêmes, nous gens « normaux » et « ordinaires », par perdre nos droits les plus fondamentaux.
Ainsi l’état d’urgence fut décrété en novembre 2015 et prolongé jusque février 2016 dans la foulée. Prolongation réitérée ces derniers jours pour trois mois encore, tranquillement, sans grosses vagues, sans débats, sans émotion. Durant cette période où manifestations et rassemblements sont toujours interdits, puisque état d’urgence il y a, le gouvernement cherche à faire passer cette loi inique ayant pour prétention de réviser dans un sens minimaliste pour tout employé.e, salarié.e et ouvrièr.e, et maximaliste pour tout détenteur de capital, le Code du Travail.

Ainsi les 130 morts ne seront pas morts en vain…

Les 6 députés ayant voté contre la prolongation de l’état d’urgence en novembre 2015 sont :

  • Pouria Amirshahi (PS), député de la neuvième circonscription des français établis hors de France (Afrique du Nord et de l’Ouest).
  • Isabelle Attard (écologiste), députée de la cinquième circonscription du Calvados.
  • Sergio Coronado (PS), député de la deuxième circonscription des français établis hors de France (Amérique Latine et Caraïbes)
  • Noël Mamers (écologiste), député de la troisième circonscription de la Gironde.
  • Barbara Romagnan (PS), députée de la première circonscription du Doubs.
  • Gérard Sebaoun (PS), député de la quatrième circonscription du Val-d’Oise.

ALLER PLUS LOIN :


Déclaration des 13 et 14 Novembre 2015


Le discours devant le Congrès à Versailles


Le discours devant les maires de France

Une interview d’Alain Deneault, auteur de Médiocratie, par Elsa Vigoureux sur le site de l’Obs.
ne pas hésiter à regarder la vidéo en fin d’article, un entretien avec John MacArthur.

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