EN TENUE D’EVE

En Tenue d'Eve

En tenue d’Êve, Féminin, pudeur et judaïsme

de DELPHINE HORVILLEUR

chez Grasset, 2013

 
Delphine Horvilleur, une des deux seules femmes rabbins en France, questionne et remet en question les textes et les commentaires de la tradition judaïque. Son but étant, comme ici sur ce site, de réintégrer la femme dans l’action religieuse et par ce biais de lui rendre son rôle de sujet au sein de la société humaine.
Dans son livre, En Tenue d’Ève, elle nous explique que si les textes d’origine ne sont pas particulièrement misogynes, c’est souvent l’interprétation faite ultérieurement qui en transforme ou en déforme le sens. Mais en réalité, qu’est-ce qu’un texte sacré ? La réponse dépendra de la tradition dans laquelle il évolue. Car un même texte n’aura pas exactement le même sens, ni les mêmes conséquences, s’il est lu dans l’environnement culturel juif, chrétien ou islamique (par « ordre » d’apparition).
Donc qu’est-ce qu’un texte sacré dans la tradition juive ?
Qu’impose-t-il ? Que permet-il de comprendre, d’interpréter ?
Qu’est-ce que le Talmud ?
A quoi servent tous ces écrits accumulés aux fils des générations, des époques, des événements intra-judaisme et extra-judaisme ? Sont-ils parfois la trace des rencontres entre les diverses traditions, de l’influence qu’elles peuvent exercer les unes sur les autres ?
Dans ce livre très simplement écrit, très abordable, Delphine Horvilleur appuyant ses réflexions sur des moments bibliques parfois très connus, pour ne pas dire populaires, nous démontre l’évolution de la pensée religieuse, des dogmes et donc des mœurs et nous en rapporte au vrai sens du « mot ».
Le texte sacré n’est pas obligatoirement un monument réalisé pour s’enfermer sur lui-même, ce n’est pas une forteresse luttant contre l’arrivée d’une idée nouvelle. Bien au contraire, il s’ouvre aux nouvelles propositions, il accueille, intègre, reformule, joue – on le voit bien par les diverses expressions parfois très osées utilisées par D. Horvilleur. Le texte sacré est un être vivant, il s’alimente de tout ce qu’il peut attraper même lorsque l’idée présentée lui semble en totale contradiction avec ce qu’il a connu jusqu’ici.
Expression d’une vraie tradition particulière au judaïsme. Accumulation de près de 2000 ans de dialogues, d’échanges, d’évolution, le texte remplace le Temple détruit et jamais reconstruit. Il est le lieu carrefour entre le divin et l’humanité, entre toutes les humanités.
Justement.

A propos des humanités.
Qu’est-ce que l’humanité à la lecture des textes bibliques ?
Comment la femme s’est-elle retrouvée exclue de la définition d’humanité dans les traditions monothéistes en général et judaïque en particulier ? Cette exclusion a-t-elle un sens ? Est-elle définitive et depuis toujours ?
Nous connaissons tous l’anecdote de la pomme, du fruit défendu, de la faute originelle transformée en faute perpétuelle. Cependant, Delphine Horvilleur, reprenant les mots pour le sens qu’ils ont réellement nous révèle que la faute n’en était pas une, que la pomme n’était pas une pomme et nous donne la preuve qu’il nous faut être prudent devant ce que l’on nous assène de vérité absolue et irréversible. Et même si toutes ces histoires, ces petits événements, qui se succèdent tout au long de l’Ancien Testament (ce que nous autres de tradition chrétienne appelons l’Ancien Testament) semblent anodines, sans importance, de l’ordre de la fable et du mythe – donc sans existence propre – ce n’est qu’apparence car, nous le voyons bien aujourd’hui, les guerres de religions menées par les fondamentalistes ne sont par éteintes. Les trois monothéismes, pourtant de même origine, s’affrontent et se violentent plus intensément que jamais, chacun durcissant ses lois, ses propres préceptes et enfermant son humanité dans des limites intellectuelles, dogmatiques, de plus en plus restreintes, n’imposant plus qu’une unique version des textes.
L’exclusion, la mise à distance, la hiérarchisation permettent et constituent ce durcissement, n’admettant plus qu’un seul type de réflexion émanant de ceux-là même qui s’arrogent le droit, la capacité de réfléchir à la place de tous les autres. A la place de l’autre.
Et qu’est-ce que l’autre ?
Nous savons depuis le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir que la femme est un « autre », est-elle la seule ?
La femme n’est pas la seule « autre », car elle n’est pas la seule à interroger les textes, elle n’est pas la seule à proposer d’autres alternatives de sens et de compréhension. Il se trouve que l’humanité ne se borne pas à l’homme-mâle, elle ne se borne même pas à la dualité du couple homme-mâle/femme-femelle. Elle se déploie dans une infinité de possibilités/propositions sans cesse réinventées. Et si certaines de ces possibilités n’existaient pas encore au moment de l’écriture des textes, elles existent aujourd’hui. Nous devons en tenir compte et réadapter notre vision des dogmes en même temps que revenir à une tradition qui, au moment où elle prit naissance, était tout aussi ouverte, sensible, subtile qu’un nouveau né. Si nous devons revenir aux origines des traditions, nous devons admettre cela, l’origine est une enfance et l’enfance est souple. Elle est apte à l’apprentissage, ouverte à la curiosité, gourmande de nouveaux savoirs et de nouvelles conceptions de la vie, de l’existence. Elle aime découvrir de nouveaux sommets et dévaler le long des pentes des collines verdoyantes, elle aime se surprendre, fouiner l’inconnu, pénétrer des trésors longtemps inaccessibles.

C’est ce que nous suggère tranquillement la femme-Rabbin Delphine Horvilleur. Revenir à l’origine pour mieux reconsidérer l’humanité dans son entièreté et toute son intégrité, sans exclusion ni manipulation. Elle nous ouvre la porte de la culture judaïque et nous permet de mieux comprendre certains concepts fondamentaux tels que celui de la membrane, l’importance de la « peau » en tant que limite « définissante » en même temps que « passage » entre un extérieur et un intérieur. Concept sur lequel se pose justement l’interdit féminin, la pudeur et bien sûr le mythe de la Chute, la sortie du Paradis.
Cette histoire de « peau », de limite mal définie ne serait-elle pas la cause des problèmes actuels d’Israël ? Peut-être que ces problèmes seront-ils enfin solutionnés le jour où les exégètes traditionnels se seront résolus à réintégrer la femme à l’intérieur de l’action religieuse, lui permettant enfin de participer à la continuité, la perpétuation, du renouveau des écritures sacrées.
Car il faut bien se le dire, si l’homme a besoin de la femme pour perpétuer l’espèce humaine, créer sa descendance, il lui faudra bien comprendre un jour, et rapidement si possible, qu’il a aussi besoin de la femme pour perpétuer la pensée humaine et sa relation avec le divin.

N’est-ce pas pour prendre conscience du féminin qui est en nous que Dieu nous divisa en deux ?

EN TENUE D’EVE de Delphine Horvilleur
200 pages
Chez Grasset, 2013

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En Tenue d'EveEn Tenue d'Eve 3

 

 

 

 
 
 
 

 

 

ALLER PLUS LOIN

Delphine Horvilleur présente son livre En Tenue d’Êve, pudeur et judaïsme, à l’Institut français de Tel Aviv le 2 décembre 2013.

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