LA BELLE VERTE

La Belle Verte

La Belle verte

De COLINE SERREAU

Comédie, 1996

Tout le monde n’écrit pas, certain.ne.s vont encore plus loin. Il.elle.s écrivent et en plus il.elle.s filment et mettent en scène, voire ! Il.elle.s composent ! Comment ces personnes peuvent-être à ce point multiscients ? Moi qui si modeste aie déjà tant de mal à écrire une phrase !
La Belle Verte est une histoire formidable sortie non seulement de l’imagination mais aussi de l’esprit critique et observateur de Coline Serreau.
Bien sûr, tout le monde désormais connaît Mila, son voyage sur Terre pour faire connaissance avec ces primitifs que nous sommes qui pratiquent encore l’économie de marché et le carnivorisme. Tout le monde adore ces petits jeux innocents, ces petites moqueries tendres, presque mièvres n’ont pas manqué de dire certains au moment de la sortie du film, les musiciens classiques qui improvisent un jazz-rock iconoclaste, les appels télépathiques les pieds dans l’eau, la « déconnexion » pas toujours très réussie (la réception est parfois trop puissante pour quelques cerveaux). Et puis ces scènes très jolies sur la petite planète, le réveil sous le soleil, les jeux « pour se mettre en forme » très joliment filmés, les travaux ensemble, les cours aux enfants. Tout cela respire la fraîcheur, la bonté, la gentillesse.

Mais La Belle Verte n’est pas juste une jolie petite histoire gentillette et moralisatrice. Elle n’est pas une simple « critique-de-la-société-actuelle » comme on en trouve tant, comme elle n’accuse personne non plus d’ailleurs. Elle montre un processus d’évolution des mondes et des sociétés qui y habitent.
Ainsi comme nous les habitants de la petite planète connurent l’ère industrielle, comme nous ils utilisèrent la monnaie, mangèrent de la viande et crurent un moment aux vertus de la technologie, il n’y a pas de mal à cela. Alors, s’il n’y a pas de mal pourquoi ne pas continuer à profiter du confort d’une technologie enveloppante et rassurante ?
Le chauffage, l’automobile, l’internet, toutes ces choses nous empêchent de souffrir du froid de l’hiver, nous rendent indépendants des distances et des autres et nous ouvrent la communication sur une échelle planétaire. Qu’y a-t-il de mal à cela ?
Pas grand’chose à première vue, comme je le suggérais ci-dessus et beaucoup comme nous le démontre Coline Serreau.
Tout d’abord, est-il possible de vivre en harmonie avec la nature ?
Il semblerait bien que oui. Les Habitants de la petite planète vivent dehors, dorment dehors, se lavent dehors, s’aiment dehors, mais dehors ce n’est jamais que sous le ciel. Leur toit, leurs couvertures, leur protection, c’est le ciel.
Peut-on vivre en harmonie les uns avec les autres ?
Évidemment que l’on peut ! Cependant, il s’agit de gérer les choses avec intelligence et sagesse. Par exemple, ici, la planète étant petite, il est évident que l’on prend garde à ne pas se retrouver dans une situation de surpopulation. Donc tous les ans on planifie le nombre de naissances suivant la récolte, car c’est un nombre d’habitants en harmonie avec les possibilités de la planète qui garantit une vie bienheureuse.
Et harmonie veut aussi dire pas de conflit donc pas de hiérarchie, pas de « chef », la parole de l’un vaut la parole de l’autre, les besoins de chacun sont écoutés et solutionnés. On prend le temps qu’il faut car rien ne presse, nous ne sommes pas dans une situation de recherche de profit et encore moins de rentabilité.
Et puis qui dit respect de la planète dit pas de feu. Hé oui. On n’a pas besoin de se chauffer car la planète est assez petite pour avoir un climat doux et égal partout et on mange cru. Les seuls feux sont pour la forge des couteaux « une fois pas an ». Pourquoi est-ce si important cette histoire de feu ? Sur Terre on prétend que le feu est la plus grande invention de l’Homme, comme une bénédiction, le symbole de la lumière divine même ! Et sur la petite planète on n’en fait jamais, pas même pour se nourrir. Qu’est-ce à dire ?
Le feu en réalité c’est le commencement de la destruction de l’élément vivant sur la Terre. C’est le début de la déforestation, de la pollution au carbone, du pouvoir et de la souffrance. C’est un phénomène que l’on peut facilement observer aujourd’hui. Les lieux où se développèrent les anciennes sociétés humaines se sont désertifiées lentement au fur et à mesure que le bois brûlait dans les cheminées… Ils sont quasiment tous dénudés aujourd’hui.
Bref.
Le végétarisme maintenant. Les habitants de la petite planète ne mangent pas de viande et ne possèdent pas de boucheries bien sûr (« Tiens, mais c’est une exposition de cadavres ! »), ils mangent des haricots, « c’est bon les haricots ». Pourquoi ne pas manger de la viande ? Mais pourquoi en manger quand on peut parfaitement et mieux vivre sans ?!
Vivre mieux c’est aussi vivre sans addiction, alcool, cigarettes, drogues de toutes sortes et de toutes espèces, sans accrochages, sans chaînes. Se sentir libre comme l’air et ouvrir notre esprit à une grande disponibilité pour des capacités autres que le calcul des pertes et profits. La communion, la compréhension, l’entente intrinsèque, la participation entière à l’Accord.
Coline Serreau ne parle pas de spiritualité, c’est normal, la spiritualité est un état d’esprit, pas un dogme. On n’en parle pas, on le vit de l’intérieur justement parce que notre esprit est libéré, autonome et fort.
Au moment de sa sortie le film en 1996, s’est fait assassiné par la critique, ces grands intellectuels supérieurs qui ne supportent pas la remise en question même gentille et drôle de leurs petites habitudes quotidiennes (le végétarisme est encore un sujet qui fâche en France même parmi les groupements écolos!), cependant, 20 ans plus tard, La Belle Verte connaît une deuxième naissance.
20 ans plus tard nous commençons à percevoir les méfaits des excès du néolibéralisme poussé à outrance, nous sommes devant les conséquences outrageuses de la surconsommation des biens et des énergies, de la folie d’un développement de l’agro-alimentaire industrialisé. Nous commençons à subir directement et durement ces conséquences et à ne pas les trouver « normales ».
Pendant ces 20 années au cours desquelles nous avons laissé faire les choses, quelques personnes telles que Coline Serreau et ses amis ont travaillé discrètement mais en profondeur, pour apporter d’autres alternatives. Elles ont expérimenté, elles ont observé, ont réfléchi, agi.
Aujourd’hui la Belle Verte devient envisageable dans l’esprit de beaucoup de gens, déjà ils achètent le CD, regardent avec d’autres yeux et réfléchissent avec un esprit nouveau.
La petite graine pousse doucement.
Un jour elle sera un arbre merveilleux.
Et nous pourrons remercier Coline Serreau d’avoir eu la sagesse de la semer en nous.

La Belle Verte de Coline Serreau

Comédie, 1996

Réalisation, scénario, musique : Coline Serreau
Production : Alain Sarde
Distribution : Coline Serreau, Vincent Lindon, James Thiérrée, Marion Cotillard, etc.

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