LE LANGAGE DE LA DÉESSE

Le Langage de la Déesse, couverture

Le Langage de la Déesse

de MARIJA GIMBUTAS

Editions des Femmes.2005

Préface de Jean Guilaine, professeur au Collège de France.
Traduit de l’américain par Camille Chaplain et Valérie Morlot-Duhoux.

 
Marija Gimbutas, archéologue américaine d’origine lituanienne, est née en 1921 à Vilnius dans un milieu où la moitié de la population est encore païenne. Plongée dès l’enfance dans une culture qui se réfère aux croyances anciennes de la Déesse où les relations à la nature et à la féminité sont importantes et paisibles, autant que dans une structure politico-religieuse chrétienne et fortement patriarcale, elle sera amenée à rechercher les liens et les divergences entre ces deux systèmes de sociétés.
Ainsi elle étudie très tôt la linguistique, l’ethnologie et le folklore, puis, à l’université, l’archéologie et les cultures indo-européennes (d’abord à Vilnius puis en Autriche à Innsbruck, pour enfin obtenir son doctorat à Tübingen en Allemagne en 1946).
Dotée d’une grande richesse culturelle, Marija Gimbutas va, sans réellement le vouloir, bouleverser les notions de l’archéologie, et donc de l’histoire classique, des temps modernes. Elle va réussir non seulement à théoriser mais aussi à prouver scientifiquement et empiriquement l’existence d’une civilisation pré-indo-européenne stable, étendue dans le temps et dans l’espace.
Stable parce qu’apparemment paisible et ne connaissant pas le conflit armé, parce qu’agricole et organisée en centres urbains relativement importants (jusqu’à 10 à 15000 habitants en Roumanie et Ukraine, culture dite de Cucuteni, – 4000 ans av. JC).
Étendue dans le temps car l’on estime qu’elle se développa sur plus de 25 000 ans. Les premières traces de la civilisation pré-indo-européenne datent de 35 000 ans avant notre ère.
Étendue dans l’espace car comprise sur tout le territoire européen actuel ainsi que le Moyen-Orient.

Pourquoi cette découverte fut-elle si importante ?

Tout simplement parce la civilisation en question se basait sur le culte de la Déesse et sur une organisation sociale que Marija Gimbutas va nommer « matristique » ou « gylanique ». Ce dernier terme repris par Riane Eisler dans le Calice et l’épée désigne une société structurée sur l’égalité entre les sexes (de « Gynè », femme en grec et  « andros », homme, le L faisant le lien entre les deux moitiés de l’humanité).
Elle remettait en question les théories précédentes qui toutes estimaient qu’aucune société n’avait jamais pu perdurer sans conflit, sans guerre, sans les valeurs viriles de l’agressivité, de la force et de la conquête. Depuis qu’Adam ne représentait plus notre ancêtre blanc, commun à tous les peuples du monde, depuis que l’homme se savait descendre du singe, il semblait normal au monde scientifique de penser que, puisque nous descendions du singe et que donc nous étions des animaux, comme toutes les « bêtes » nous dépendions intrinsèquement des lois naturelles. Or pour ces gens de laboratoire, la nature est forcément synonyme de sauvagerie (dans le sens où ils l’entendent eux-même, c’est à dire d’un état brutal, inconscient, stupide et sanguinaire) et de désordre. Pour eux, l’homme, afin de devenir l’Homme qu’il était aujourd’hui, avait du passer par un lent et subtile processus d’amélioration, d’évolution, d’acquisition conceptuelles, intellectuelles, culturelles… et physique.
L’Homme moderne était forcément plus beau, plus intelligent, plus « civilisé », c’est à dire plus apte à s’organiser et à vivre en communautés hiérarchisées, béni et protégé par les valeurs spirituelles des religions patriarcales supérieures. Pour passer de l’homme primitif, primaire et bestial à l’homme civilisé, il avait du se dégager de tout ce qui faisait de lui un être « de la nature », se dégager de la Terre, se défaire des mystères de la rondeur organique vivante de la Mère, pour ne se consacrer finalement qu’à la ligne droite, le Ciel et le Père autoritaire et rayonnant. L’Homme moderne, l’homo sapiens sapiens, comme il se plut à s’appeler lui-même, était le but, l’ultime finalité de 14000000000 d’années d’évolution absolue de toute la création universelle.
Voilà l’image.
Donc 14 milliards d’années.
Des milliards de tonnes de matière.
Encore plus de milliards de tonnes de non-matière ;
Le tout dispersé n’importe comment au milieu d’un espace vide astronomique.
Tout ça pour qu’existe un jour, un petit bouillonnement, sur un petit grain de poussière perdu là-bas sur un bras périphérique d’une galaxie quelconque au joli nom de Voix Lactée.
Les concepts intellectuels des religions patriarcales dans toutes leur splendeur. Beaucoup de bruit pour pas grand’ chose… Mais aussi beaucoup d’orgueil car il aurait fallut tout ce déploiement de puissance matérielle pour donner à l’homme un espace de vie. L’Homme seul créature du seul Dieu au milieu de cette incroyable immensité d’espace et de temps.

Revenons sur Terre.
Autres mœurs, autres conceptions.
La Terre est un être vivant, riche, magnifique et merveilleux qui, profitant un jour de sa position dans l’espace, proche d’une étoile mais pas trop, accompagnée d’une lune chronomètre et d’étoiles bienveillantes, mit au jour le premier être vivant. Qu’importe qu’il fut minéral, végétal ou animal, il était forcément doué d’une âme. Qu’importe qu’il fut mâle ou femelle, les deux ou aucun, il était la Vie. La Terre enfanta et la Déesse s’épanouit par toutes ces âmes qu’elle engendrait, partageant avec elles sa divinité mystérieuse.
Car la vie est un mystère, un mystère incompréhensible et pourtant accessible, un mystère qui, lorsque vous le regardez de près, lorsque vous « prenez » le temps de le voir, vous remplit d’une admiration sans borne, d’un enthousiasme incommensurable parce qu’enfin vous percevez l’entendement des choses.
C’est ce mystère que découvrit Marija Gimbutas au cours de ses fouilles archéologiques, de ses recherches linguistiques et ses travaux sur les mythes populaires. Petit à petit elle parvint à reconstituer un langage anciens fait d’images et de symboles, fait d’objets et d’art de vivre. Tout était écrit, tout était déjà dit, il suffisait de lire. Mais pour lire ces concepts « nouveaux », il fallait aussi mettre son cerveau dans une autre disposition, l’ouvrir à d’autres idées, le réveiller à de très très vieux souvenirs. Car c’est vrai que s’ils paraissaient nouveaux ces concepts, ils étaient loin de l’être en vérité. Ils étaient tout au contraire très très anciens, ils faisaient partie des premiers fondements des premières civilisations organisées européennes. Ils étaient bien plus anciens que cet homme bestial, brutal, que nous décrivaient les scientifiques des laboratoires.
Ils appartenaient à une civilisation précise, cultivée, spirituelle, où l’humain était entier parce qu’il n’avait pas rejeté une partie de lui-même, la femme.

Une civilisation strictement féminine a-t-elle existé telle que décrite par les Grecs à propos des Amazones ?
Il semblerait bien que non.
Pas de trace d’hégémonie féminine, pas d’empreinte de femme guerrière et sauvage, pas de seins coupés ni d’hommes réduits à l’esclavage par de rudes femelles.
Pas de matriarcat dans le sens donné au terme « patriarcat » .
Les scientifiques commencent à comprendre, à admettre, depuis quelques temps que pour évaluer un peuple, il est préférable de ne pas se fier aux descriptions de ses ennemis mêmes lorsqu’ils nous sont plus proche culturellement. Grâce à des chercheurs du type de Marija Gimbutas, l’histoire se redessine et s’entrevoit différemment, s’enrichissant de toute la diversité des peuples, des cultures dont elle est en réalité constituée. Nous traversons les rumeurs, les légendes, les mépris que certains posèrent sur toute entité « autre », nous retournons à l’endroit les symboles renversés, tronqués, déformés, et sommes enfin prêts à accueillir le message pré-indo-européen que nous propose ce merveilleux ouvrage.
Je vous laisse donc profiter d’une lecture qui, quoi que vous pensiez, qui que vous soyez, ne vous laissera pas indifférent.e.s.

LE LANGAGE DE LA DEESSE DE Marija Gimbutas.

paru aux Éditions des Femmes en 2005.

415 pages,
Conception graphique (très belle d’ailleurs) de Céline Farez et Virginie Rio

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