LES AMAZONES

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Du mythe à l’histoire.

de GENEVIÈVE PASTRE

Collection les Octaviennes/Essais, Editions Geneviève Pastre

 
Dans son livre Les Amazones, Geneviève Pastre, philosophe et historienne, tente de replacer dans l’histoire les peuples Amazones afin, les sortant du mythe dans lequel elle estime qu’ils sont enfermés dans une sorte de fiction abusive, d’offrir aux femmes actuelles une racine historique.
Si je place ce livre dans ce site où il est plus parlé de spiritualité, de religion et de légendes (ou mythes) alors qu’il revendique une position forte contre ce que Pastre pourrait nommer la « mystification » ou fabrication des mythes à des fins généralement politiques de faits réels, c’est bien pour démontrer l’incroyable confusion entre l’histoire, les dogmes religieux et les mythes.

Qu’est-ce qui fait les mythes ?
Qu’est-ce qui fait l’histoire ?
On sait à quel point les mythes engendrent les identités des peuples, des nations, voire, des cultures. Sans y prêter garde nous acceptons des sortes d’événements, de faits, de gestes légendaires, héroïques, fabuleux, institués désormais comme réalité absolues non « questionnables ». Néron était méchant, bête et cruel, Charlemagne a créé l’école, les Grecs anciens sont les grands humanistes de ce monde et édifièrent notre civilisation occidentale… et les Amazones sont un mythe (et dans ce mythe, elles n’étaient vraiment pas sympas). Or, si l’on regarde chaque événement, on se rend très vite compte à quel point nos bases historiques sont fragiles et parfois même déviées, faussées, mensongères.
L’histoire en vérité se construit au fur et à mesure des besoins dogmatiques des puissances qui nous gouvernent. Attention, je ne parle pas ici de complots illuminati ou autres, je parle d’études, de réflexions faites sur l’observation des comportements des gens et de création d’histoire susceptible de répondre à une organisation précise d’un peuple et de sa hiérarchie supérieure.
Un exemple qui m’amuse beaucoup, c’est notre propre histoire de France. Depuis le XIXème siècle nos ancêtres seraient les Gaulois. Or, si tel était le cas, nous nous appellerions toujours « Gaulois » (mis à part les Grecs actuels, personnes ne nous appelle ainsi et encore moins nous-mêmes). Nous nous appelons « Français » ! Pourquoi ? Parce que nos véritables ancêtres, culturellement, étaient les Francs. Nous ne sommes pas d’origine gauloise, nous sommes d’origine germaine (un peuple parmi la Germanie).
Pourquoi avoir changé les choses ?
Parce qu’au XIXème siècle la France avait besoin de renouer avec des origines non catholiques (Clovis, premier roi du royaume des Francs s’étant fait baptisé par l’église catholique et ayant placé son peuple et son royaume sous l’égide de l’église romaine). Et voilà.
Après, bien sûr, on n’est pas obligé de vouloir réinstaurer la monarchie en France…

Cependant, le même processus a pu parfaitement se dérouler vis à vis des Amazones. Puisque les Grecs ne pouvaient comprendre qu’une femme sache guerroyer, administrer un clan, un royaume, une nation, puisqu’ils ne pouvaient admettre qu’une femme maîtrise son destin et soit non seulement l’égale de l’homme mais aussi, parfois, la détentrice de la linéarité génitale d’un peuple. Ils engloutirent leur existence à l’intérieur de formidables épopées héroïques et fabuleuses toutes bâties à leur gloire, la gloire du Mâle triomphant et puissant, la gloire de leur civilisation encore balbutiante mais hyper agressive de machistes invétérés.

Les amazones ont-elles existé ?
Personne ne pourra, dans l’état actuel des données, le certifier, du moins pas en tant que telles décrites par les Grecs (leur ennemi, il ne faut pas l’oublier). Cependant on sait, avec les travaux de Marija Gimbutas et d’autres, que de larges populations matrilinéaires existèrent durant des milliers d’années en Europe Occidentale avant l’arrivé de ce que nous appellerons désormais, les Indo-européens (Indo-européens dont font partie les Grecs de la deuxième et troisième générations). Et si l’on s’intéresse un minimum aux cultures qui nous entourent, on observe très vite que certaines survivent encore malgré tout.
Pourquoi le fait de prouver l’existence et la fonctionnalité d’autres types non seulement de cultures, mais aussi d’organisation sociales et religieuses est-il si important à nos yeux et aux yeux de Geneviève Pastre ?
Parce que depuis l’arrivée brutale des Indo-européens, depuis l’institution agressive et destructrice des dieux masculins sur cette partie du monde, tout un panel d’interdictions, de limitations, d’abus et de terreurs sans nom, c’est abattu sur cette partie du monde (et sur d’autres par la suite).

Geneviève Pastre se place sous l’optique lesbienne. À son sens les Amazones représentent une sorte d’ancestralité des lesbiennes d’aujourd’hui. Leur existence prouverait la viabilité des communautés indépendantes homosexuelles, leur pérennité, ainsi que leur intégration tout à fait envisageable, sans grosse remise en question de l’organisation de « l’ordre » actuel, au sein de nos nations.
Elles représentent aussi et surtout, à mon avis, une ouverture vers une autre forme de comportements, de réflexions et de croyances. Une sorte de retour vers la réintégration de la partie féminine, créatrice, accordées avec la Nature, complètement dénigrée actuellement quand elle n’est pas tout simplement éliminée (culturellement, spirituellement et physiquement).
Or ce retour passe aussi et surtout par la liberté sexuelle.
Être accordée à la Nature, ce n’est pas vivre à l’état sauvage, on n’a pas besoin d’ailleurs de vivre dans la nature pour trouver des expressions de sauvagerie, non, être accordée à la Nature, c’est être à l’écoute, c’est faire taire son intellect pour laisser s’exprimer sa sensibilité interne, sa capacité à accepter l’autre et ne pas chercher à détruire à des fins mercantiles et hyper individuelles.

Geneviève Pastre a-t-elle raison de se battre pour la reconnaissance de la réalité historique des Amazones ? Je dirais oui, en fait. Pour toutes ces raisons déjà évoquées, parce que l’on sait que c’est parfois en croyant les mythes que l’on fait d’étonnantes découvertes archéologiques (on se souviendra éternellement du cas de la découverte de Troie par Schliemann), parce que le passé n’est pas aussi immobile qu’on le dit et que des exemples antérieurs peuvent nous aider à reconsidérer notre avenir. À nous ouvrir des portes oubliées.
N’y a-t-il qu’une seule sexualité ?
La fameux partage des tâches hommes/femmes est-il inéluctable ?
Les dieux mâles sont-ils les seuls garants de notre transcendance et ce, à qu’elle condition ?
Qui sont ceux qui édifièrent cette culture patriarcale dans laquelle nous nous embourbons ?
Étaient-ils aussi civilisés qu’on le prétend ?
Pourquoi leur fut-il tellement important de détruire le culte de la Déesse, tellement important de mettre la femme au ban de la société, de la reléguer à l’état d’esclave et de chose ?

Pourquoi tant de haine vis à vis de la féminité ?
Vous trouverez sans aucun doute des réponses plus que pertinentes dans ce livre qui, pendant que l’on y est, vous permettra aussi de dépasser ce petit tressaillement de malaise que l’on n’évite que rarement lorsque l’on prononce le mot « lesbienne ».
Les réponses vous surprendront puisqu’elles ne se satisfont pas des préjugés ni des idées toutes faites, apprises à l’école données pour vérités absolues.
Ce livre est un petit trésor même si Geneviève Pastre ne serait sûrement pas très contente que je le place dans la section « Mythes ».
Qu’elle me pardonne.

LES AMAZONES De Geneviève Pastre

292 pages
Aux Éditions Geneviève Pastre, Collection les Octaviennes/Essais

Les Éditions Geneviève Pastre n’existant plus,
Vous trouverez ce livre que lorsqu’il sera réédité…

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