QUAND DIEU ÉTAIT FEMME

Quand Dieu était femme-couv

de MERLIN STONE

Quand Dieu était femme
Au Éditions Étincelles, Col. Grands Débats
1978 en France,
When god was a women
1976 édition originale.

 
Merlin Stone est une autrice, sculptrice et professeur d’art et d’histoire de l’art américaine. Curieuse et passionnée d’archéologie elle décide un jour de mener une enquête qui lui permettrait de répondre à cette question que certain.e.s se posent mais dont peu ont le courage d’assumer la réponse :
« Comment en sommes-nous arrivés là ? »
Là ?
Dans une société uniquement décidée, dessinée, pensée, mise en œuvre, bouleversée par l’homme. Qui a décidé un jour que la femme devait se taire et l’homme parler ?
Pourquoi les femmes se sont-elles tues ?

En lisant Starhawk, nous avons vu les conséquences de l’élaboration d’une société oubliant sa part de féminin. En lisant Quand Dieu était femme de Merlin Stone nous allons comprendre comment le processus s’est mis en place, d’où il prit sa source.
J’ai toujours pensé que ce n’est qu’en allant au plus proche des sources, des origines des textes, des religions et des dogmes, que nous pourrions trouver une réponse aux problématiques de notre société actuelle. Là-bas, juste à coté du moment 0, du temps T0, existe une petite parcelle de cause, un petit germe de quelque chose qui, durant 3 à 4000 ans s’est développé au dépend de tout ce qui se trouvait proche de lui. Ce germe devint une chose monstrueuse, une sorte de plante carnivore immense sans égal.
Au début, nous raconte l’histoire, il n’y avait rien.
Il n’y avait ni ciel ni terre.
Rien qui respire, rien qui soit.
Et puis quelque chose est arrivé.
Il y eut la vie, le Ciel et la Terre.
Il y eut tant de vie que ça pullulait de partout !
Ça barbotait, ça rigolait dans tous les coins.
Le Ciel était notre Père à tous et la Terre notre Mère à tous,
ou bien, la Terre était notre Père et le Ciel notre mère.
Cela dépendait de la conception des choses de chacun. Le Ciel n’était pas toujours bleu et parfois la Terre s’agitait, mais en général, les choses, les événements étaient acceptés et l’on savait que ce n’était que pour mieux recommencer. Jamais exactement pareil mais toujours de la meilleure manière. L’existence n’était qu’une suite de remerciements devant ce miracle extraordinaire de la Vie et chaque jour chaque être vivant remerciait le Ciel et la Terre qu’ils nous eurent enfantés. On remerciait la Lune et le Soleil pour leur lumière, leur chaleur et leur douceur. Le mystère de la Lune, le franc éclat du Soleil. Les deux astres développèrent leur propre personnalité. Différents mais toujours ensemble, comme le dit la chanson.
Nous vivions le Paradis sur Terre, le Jardin merveilleux des premiers temps, celui d’avant…

D’avant la Grande Calamité !
La Grande Transformation.

Certains nous disent que la Grande Calamité apparut à partir du moment où les hommes comprirent leur rôle dans la procréation, d’autres, dont je fais partie, se disent que cela faisait longtemps qu’ils avaient compris, que les femmes aussi, bien sûr avaient compris, car ces choses sont, malgré tout, assez facilement observables – surtout pour icel.le qui inventa la roue et l’écriture. La scission n’avait pas eu lieu pour autant. Les hommes et les femmes vivaient ensemble, aucun des deux sexes ne se trouvant supérieur à l’autre même si parfois les rôles étaient bien séparés. La grande obsession de la « filiation » n’avait pas encore troublé les esprits et si Sargon nous dit qu’il n’a jamais connu son père, il semblerait qu’il s’en fichait royalement misant sur l’espérance de se faire son propre nom plutôt que de perpétuer celui d’un autre.
Les humains de l’époque n’étaient pas meilleurs que ceux qui saccagèrent leurs sociétés, il y avait des guerres, des conflits, des sacrifices – et parfois humains ! Mais l’organisation même des cités ou des tribus nomades ne permettait pas qu’un homme ou qu’une femme prenne le pouvoir sur les autres, elle ne permettait pas qu’un clan en extermine un autre, qu’une race ou un sexe se sente supérieur à un.e autre. Ce n’était pas possible car il n’y avait aucun intérêt à cela.
L’homme ne battait pas sa femme puisque sa femme avait les mêmes droits sociaux et spirituels que lui. Aucune femme ne cherchait à castrer aucun homme, comment aurions-nous pu jouir des joies du sexe ?! Freud et consorts n’ont plus qu’à aller se rhabiller, les hommes sont généralement les seuls à chercher à se castrer.
Car, rappelons-nous, en ces temps miraculeux, le sexe représentait notre bonne relation avec la divinité, il était un hommage à sa puissance créatrice, un don merveilleux de plaisir et de joie. Joie de créer, plaisir de jouir.
On dit qu’en ces temps, les sociétés suivaient une organisation matrilinéaire.

C’est alors qu’apparurent, des fins fond des steppes de l’Europe de l’Est et du Nord des cavaliers vifs et agressifs, immenses et barbares. Ils ne connaissaient pas l’écriture, bien qu’ils aient leur part de génie, ils ne connaissaient pas l’agriculture et vivaient de chasse, de pêche et d’élevage. Au contact des cités millénaires ils apprirent l’écriture, l’organisation sociale et culturelle. Cependant ils ne cédèrent sur aucune de leurs habitudes ; la hiérarchie née de la loi du plus fort et le pouvoir absolu de l’Homme.
Ils renversèrent les Dieux anciens en imposant les leurs, imposant leurs dogmes et leur loi de fer.

C’est fut fini du Paradis sur Terre, désormais la vie ne fut plus que tourments, pêchés, culpabilités, punition et parfois récompense. Nous étions les jouets d’un dieu vengeur, un dieu de colère, de rage et de tonnerre. Un dieu viril et guerrier, prompt au combat, le mâle dans toute sa splendeur agressive, reniant toute intervention du féminin dans son dessein.

En lisant Le Langage de la Déesse de Marija Gimbutas, nous avions déjà pris connaissance de ces sociétés pré-indo-européennes – telles qu’elle les nommait elle-même – mais ici, avec Merlin Stone et son livre Quand dieu était femme, nous assistons lentement à la chute véritable de l’humanité provoquée par l’arrivée des religions patriarcales et l’instauration des dogmes judéo-chrétiens.
Nous témoignons de ce processus décrit en toute « légitimité » dans les textes anciens, dans les écritures dites saintes, nous sommes les spectateurs atterrés de cette lente destruction de l’Esprit.

Aujourd’hui, grands héritiers du dogme patriarcal, de la culture de l’Homme blanc supérieur à toute autre forme d’humanité nous commençons peut-être à en comprendre les limites et l’absurdité. Les tueries du Pakistan, les massacres au Niger, les persécutions des femmes en Afghanistan, en Inde, en Chine, etc. (liste loin d’être exhaustive) jusqu’à l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo, tous sont les fils de ce père unique, le dieu sans femme de ces tribus barbares.
Le néolibéralisme, la disparition des espèces animales, l’éradication des civilisations amérindiennes, la déstructuration des cultures africaines, le déracinement de la culture occidentale elle-même, sa perte de repère, son manque de capacité à accepter sa dépendance à l’élément naturel, sa course à l’accumulation de richesses (voir l’article des Nouvelles News sur le dernier constat) sont les conséquences de la vue bornée de ce dieu mâle.
Tant que nous ne voudrons pas regarder les choses telles qu’elles sont, tant que nous nous contenterons des messages simplistes des dogmes patriarcaux louant leurs poulains, nous continuerons à assister à ces massacres, nous continuerons de voir augmenter la misère humaine au même rythme que la surpopulation et baisser le nombre d’espèces vivantes sur la planète.

Il nous faut repenser profondément la base de nos cultures, nous devons impérativement et rapidement restructurer les dogmes qui fondèrent la civilisation occidentale (entre autre). Nous devons perdre l’habitude de la compétition, de cette course au pouvoir et à la puissance. Nous devons remettre en question très vite notre rapport avec notre environnement, qu’il soit matériel, social, psychique, politique ou spirituel.
Nous n’avons jamais été créés dans le but de « régner » sur quelque chose ou quelqu’un. Nous avons été créés dans le but de nous entendre, de nous comprendre, d’aimer notre diversité et la formidable richesse de la Création.
Ces dieux qui nous demandent de nous entre-déchirer ne sont pas des dieux, ce ne sont que des visions politiques divinisées pour permettre à une certaine catégorie de personnes de s’octroyer des droits et de les refuser à tous les autres.
C’est ce qui ressort de ce livre très bien écrit et très justement pensé. Quand dieu était femme n’est pas un livre qui exige la libération des femmes seules, il démontre à quel point cette libération des femmes ouvrira les portes aux hommes eux-mêmes.

QUAND DIEU ETAIT FEMME, de Merlin Stone

Aux Editions Etincelles, coll. Grands Débats, 1976
349 pages.

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Voir aussi l’article Merlin Stone – Quand dieu était femme sur le site du Mouvement Matricien

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